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ITW Guillaume Vizade (Vichy-Clermont) : « Je n’ai pas peur de cette étiquette de coach formateur »

Actuellement troisième de Pro B, Vichy-Clermont est l’une des plus belles surprises de cette première partie de saison. Le fruit d’un travail de longue date amené par Guillaume Vizade. Le coach de l’année 2019, et nouveau sélectionneur de l’Équipe de France U20 nous parle de sa philosophie du basket.

Que ressent t-on lorsque l’on a de si bons résultats en étant l’un des plus jeunes coachs de Pro B ?
C’est le travail d’un ensemble. Il y a pas mal d’éléments qui s’alignent et qui sont le fruit d’un travail de longue date. Tout d’abord le respect de la feuille de route que l’on s’était fixé, avec mon ancien directeur sportif David Melody, et mon président Yann Le Diouris.
Le développement d’une culture de la formation au sein du club, en créant des passerelles et des échanges permanents avec le centre de formation.
Puis la formation en mode ” slow cooking ” de plusieurs jeunes à fort potentiel qui se sont révélés à nos côtés. Je parle de Serge Mourtala et Mamadou Guisse notamment. Un capitaine fidèle et impliqué comme Charles-Henri Bronchard. Ils sont avec moi depuis plusieurs années ; on a pu faire avancer le projet du club.
La patience pour continuellement se questionner, travailler en profondeur, se remettre en question pour continuer d’avancer sur le système que l’on propose aux athlètes. Recruter tout en sachant qui on est, et quel type de joueur on veut intégrer au club et au projet.
Donc les résultats sur la première partie de saison récompensent l’investissement du staff, des dirigeants, et surtout des joueurs dans le projet de jeu.
Le plus gros sentiment de fierté est d’arriver dans un environnement, et de réussir le premier objectif, qui est de se stabiliser dans la compétition et ensuite d’être compétitif.

Y a-t-il une « méthode Vizade » pour être troisième avec l’un des plus petits budgets ?
Avoir une approche humaine, avec l’athlète au centre de notre projet en prenant en compte toutes les dimensions de l’athlète. La clarification du projet, de son rôle, et des différents objectifs permet dès le départ de partir sur des bases saines de fonctionnement, et une logistique mise en place par notre manager général Olivier Sourzac.  
Ensuite, avec toutes les parties prenantes de notre cellule de performance, nous essayons petit à petit d’améliorer le fonctionnement à 360°. Que ce soit d’un point de vue médical avec notre kiné, Jérôme Lenègre qui pratique un suivi longitudinal et de prévention avec nos athlètes. Notre préparateur physique Alexis Pradon, individualise et oriente ses savoirs scientifiques vers la pratique du basket de haut-niveau.
Ensuite, nous intégrons le travail individuel des joueurs, avec mon assistant-coach Guillaume Soares, dans notre entraînement quotidien. On a un seul mot d’ordre « un peu, souvent et transférable dans le jeu », avant-séances, après-séances, séances supplémentaires. À nous d’orienter, de proposer une pédagogie et des charges adaptées tout au long de l’année. Pour le club et l’équipe, cela signifie que le joueur que l’on recrute au mois d’août, on veut le voir évoluer tout au long de l’année, pour que l’équipe devienne meilleure. 
Individualiser l’évaluation médicale, le travail de préparation physique, l’accompagner sur le développement mental, faire en sorte qu’il puisse transférer ces habilités dans le jeu. Il faut qu’il y ait une cohérence entre tous les acteurs, que ce soit le préparateur physique, le ciné, l’assistant, le coach… Nous devons nous aligner en termes de discours et de méthode de travail. Cela permettra au joueur de s’épanouir au sein de notre structure. Si l’on réussit à être attractif aujourd’hui, c’est qu’il y a un gros effort de clarté, entre notre discours, et ce que l’on va faire.
La méthode doit se retranscrire dans notre projet de jeu. Celui comporte plusieurs fondamentaux : 
Un basket de transition. En termes de rythme, nous cherchons à dominer le tempo, à être très efficace dans le jeu de transition.  
La conquête : aller chercher les ballons en conquête. Ceux qui n’appartiennent à personne, dans les airs aux rebonds, ou au sol dans les ballons qui traînent.  
Les prises de décision : gagner en maîtrise pour décider vite. Nous souhaitons que le ballon bouge (ball reversal) suffisamment d’un côté à l’autre pour amener du danger dans la raquette (paint touches).  
L’adresse et les finitions, qui sont l’aboutissement de ce que l’on souhaite mettre en avant dans notre jeu collectif, et qui permettent de valider action après action tout le travail effectué auprès des joueurs.  
Une stratégie collective de l’effort pour stopper le jeu adverse grâce à la pression sur la balle et la volonté de réduire le champ d’action des adversaires en les obligeant à précipiter certaines de leurs décisions.  
Cette idée du jeu demande une implication sans faille des joueurs, et c’est  dans cette dimension collective qu’ils peuvent faire leur place et gagner leurs minutes.

Vous êtes la plus jeune équipe de Pro B avec Angers. Pensez-vous être la grande surprise de la saison ?
Je pense qu’il y a beaucoup d’équipes qui travaillent bien en Pro B, le championnat est dense et relevé. Lorsque l’on voit la construction des effectifs, de plus en plus de jeunes joueurs prennent de la place. Nous avons un basket français pleins de jeunes talents, qui frappent à la porte du haut niveau et qui font bouger les lignes. Ces joueurs émergent dans des équipes en réussite. C’est l’identité de la Pro B, et sur cette identité, nous faisons partie des bons élèves pour le moment, mais il ne faut pas se relâcher. Les résultats doivent nous donner confiance, et nous appuyer dans notre travail, mais ne doivent pas nous concéder aucun privilège. Pour le moment, nous n’avons pas connu de période difficile dans notre championnat, mais personne n’en est à l’abri, et chaque match est un combat. Aussi, nous ne nous percevons pas comme une équipe jeune au sens inexpérimenté, au contraire, nous essayons plutôt d’utiliser cette idée de moyenne d’âge pour créer un avantage concurrentiel sur le plan de la course et du basket proposé.

Vous êtes l’un des seuls coachs à donner autant de chance aux jeunes joueurs. En quoi est-ce important pour vous ?
Ce projet doit être établi avec le club. Si je peux me permettre cela dans ce cadre, c’est que cette volonté a été écrite dans le projet du club avec mon président. Après plusieurs années à avoir travaillé sur le projet, la structure et avoir pu prouver notre savoir-faire, nous avons mis à l’honneur ce travail avec notre responsable de communication Quentin Bastian, dans des capsules appelées « la source ».
Aussi, c’est mon moteur en tant que personne, je n’ai pas peur de cette étiquette de « coach formateur », car cela me plaît, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. J’aime voir les gens évoluer et les accompagner à devenir autonomes.
Pour être compétitif avec moins de budget, il faut des idées, investir du temps sur le scouting des jeunes Français et des étrangers. Si l’on peut lier les deux, c’est-à-dire, d’avoir des joueurs prêts à travailler et à s’investir plus que la normale, et si l’on atteint un cadre qui leur permet d’atteindre des objectifs, et qui permet au club d’être performant malgré des moyens limités, alors les choses peuvent s’aligner.

” Par rapport à l’humilité de notre budget et la jeunesse de notre effectif, je fonctionne par étapes. “

Votre rôle en tant qu’assistant coach des Bleus U20 vous a permis d’observer des jeunes formés dans toute l’Europe. Quelles différences voyez-vous entre les jeunes formés en France et à l’étranger ?
Cette expérience, je la dois beaucoup à Jean-Aimé Toupane. Il a été l’entraîneur de l’équipe de France U20. Il a fait appel à moi il y a trois ans, on a une relation de longue date, car il était l’entraîneur de Clermont (Stade Clermontois) lorsque je m’y formais, et il m’a ouvert les portes de l’entraînement.
J’ai aussi eu la chance d’être très actif avec l’association Giving back et son fondateur Babacar Sy, ancien scout NBA, en entraînant de futurs top joueurs lors de différents camps internationaux en Afrique et aux Etats-Unis. Cette ouverture sur le basket international me permet aussi de travailler différemment, d’avoir d’autres repères et de ne jamais arrêter de me questionner.
Lorsque l’on essaie d’observer les différences, on constate qu’on forme énormément de joueurs vers le haut niveau en France.
Hormis les Etats-Unis, aucune nation ne forme autant de joueurs par génération. Au niveau des différences, quand nos joueurs arrivent au haut niveau, ils ont besoin d’une période de formation pour affiner leur poste de jeu. Je vois cela comme une chance, car ils progressent pendant plus longtemps, que certains de leurs homologues européens, durant leurs carrières. De plus, les caractéristiques de nos joueurs, notamment physiques, défensives vont dans le sens de l’évolution du jeu, du rythme, de l’intensité demandée pour exister au plus haut niveau. Pour rester compétitif et pouvoir prétendre aux premières places, à nous de continuer le développement technique et tactique en parallèle.
Si on observe nos fenêtres internationales, on a énormément de joueurs dans le réservoir. Toutes les nations européennes ne peuvent en dire autant. Le nouveau système de la FIBA valorise les fédérations qui y travaillent.

Vous parliez de cette faculté de former autant de jeunes joueurs en France. D’après votre opinion, la France est-elle le meilleur pays formateur ?
Je ne sais pas s’il faut courir après ce titre. Mais on peut être fier du travail effectué, fier sans pour autant penser qu’on est arrivé. Nous avons de bons moyens structurels, de bons entraîneurs formés et professionnels.
Nous sommes capables de proposer des méthodes permettant aux joueurs de se développer. Pour moi, on peut toujours chercher à faire mieux et à s’améliorer, mais nous sommes compétitifs. Si l’on regarde les rankings de compétition hommes et femmes en jeunes, nous le sommes. Cela ne veut pas dire que l’on va gagner à chaque fois. Mais on regarde tout le monde dans les yeux. L’objectif est d’atteindre le top 4 sur chaque compétition et de décrocher des médailles si possible.

Vous avez de bons résultats avec l’un des plus petits budgets de Pro B. Pourquoi ne pas avoir été chercher un club de Pro B avec plus de moyens, ou un club de Betclic Elite, plutôt que d’avoir prolongé avec le JAV CM ?
Tout bonnement, ce n’est pas toujours l’entraîneur qui cherche, mais aussi les clubs. Je me sens bien à Vichy-Clermont, il y a encore du sens pour travailler pour le développement du projet. J’ai encore des idées pour le club, pour l’équipe. Le fait que l’on réussisse à faire avancer les choses petit à petit fait partie de ma dynamique. Je n’ai pas eu de propositions ayant abouti à des projets concrets. J’ai été en contact avancé avec un club de première division allemande, mais cela ne s’est pas fait.
Une fois la fenêtre passée, Vichy-Clermont souhaitait toujours me réengager, et nous avons donc décidé de continuer ensemble.
Pour pouvoir recruter des jeunes joueurs à fort potentiel, il fallait impérativement se réengager suffisamment tôt, c’est ce qui a permis notamment de convaincre Noah Penda de nous rejoindre pour organiser sa sortie de l’INSEP.
D’un point de vue personnel, ce n’est pas une fermeture vers l’extérieur, je suis quelqu’un d’ambitieux et motivé. Le cadre de travail que j’ai ici est très cohérent et me permet de progresser chaque jour. Le fait d’être aligné à mon président facilite ce travail au quotidien.

Êtes-vous confiant à l’idée de monter en Élite la saison prochaine ?
Je ne fonctionne pas trop avec cette visibilité. Des clubs annoncent la montée directement ou des Playoffs. Par rapport à l’humilité de notre budget et de la jeunesse de notre effectif, je fonctionne toujours avec des étapes. On peut croire que ce sont des discours à la Guy Roux, mais je suis assez clair avec moi-même et les joueurs. C’est-à-dire que le premier objectif, c’est de se maintenir pour la pérennité du basket professionnel à Vichy. Plus tôt, on le fait, plus tôt, on peut se fixer un deuxième objectif. Celui-ci est d’être en concurrence pour les Playoffs, ensuite à voir ce qu’on peut aller chercher. Je suis un inconditionnel du fonctionnement par étapes. Pour moi, ce n’est pas manquer d’ambition, c’est simplement la structurer.

Crédit photo : Jeanne d’Arc Vichy-Clermont Métropole Basket / Laurent Peigue / Matthieu Reco / Thomas Martel

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