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ITW Julien Mahé (Saint-Quentin) : « La Pro B est un terrain d’expression magnifique pour les jeunes français »

Leader du classement en Pro B, le SQBB réalise un début de saison presque parfait. Arrivé sur le banc picard il y a presque trois ans, Julien Mahé (39 ans), est déjà considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de Pro B. Le coach de l’année 2021 se livre sur son expérience.

Vous reprenez l’équipe dans une très mauvaise posture en février 2020, aujourd’hui vous êtes premiers. Quel est votre secret ? 
Il n’y a pas de secret (rires). Lorsque je suis arrivé en février 2020, effectivement, l’équipe était en mauvaise posture. On a joué peu de matchs puisque la saison a été suspendue par le Covid. On a relancé la machine en gagnant trois matchs sur cinq avec l’effectif en place. Lorsque la saison s’est arrêtée, avec le président, on a vraiment pris le temps de réfléchir à la façon dont on voulait faire évoluer le club et l’équipe.
Je suis parti du principe que l’on devait être une terre d’accueil pour les jeunes potentiels. C’est-à-dire, faire confiance à des jeunes joueurs français, que l’on puisse les faire jouer et les faire évoluer. On voulait aussi faire des bons coups au niveau du recrutement dans des divisions inférieures, et sur les jeunes étrangers. On a une identité de jeu. Chaque saison, il y a des jeunes joueurs qui progressent. Il faut allier à cela que le club cherche à progresser à chaque saison, notamment au niveau de la structuration. La masse salariale compte aussi. Nous étions la 17e masse salariale de Pro B il y a deux ans, et là, nous sommes 10e. On progresse, même si nous ne sommes pas au niveau des équipes du haut de tableau. Cette saison, on arrive à être en tête du championnat assez rapidement.
On a un centre de formation agrée, on a récupéré des joueurs expérimentés. Il y a des joueurs qu’on a choisi, à l’image de Mathis Dossou-Yovo et de Melvin Ajinça, qui sont des jeunes garçons, mais qui peuvent être efficaces en Pro B. On a aussi gagné le respect des acteurs du basket français. Il y a des agents qui nous font confiance. Ils savent qu’on essaie de bien jouer au basket, et de faire progresser les jeunes.

Julien Mahé et Mathis Dossou-Yovo

Est-ce que vous vous attendiez à faire progresser cette équipe aussi vite ?
Non pas vraiment. Chaque saison, on subit les fruits de nos résultats. On est pillés de nos meilleurs joueurs, donc il faut repartir de zéro. Cette fois-ci, on a réussi à garder trois joueurs de l’effectif de la saison dernière (Benoit Gillet, William Pfister et Lucas Boucaud). C’est toujours difficile de repartir avec autant de nouveaux joueurs, d’autant plus pour leur faire comprendre le basket qu’on essaye de jouer.
Cette saison, les anciens ont fait du bon travail pour aider les nouveaux à comprendre ce que l’on voulait faire tous ensemble. On est tous un peu surpris de nos résultats. Au-delà de ça, ce que l’on veut, c’est respecter notre identité, bien défendre et jouer ensemble. On a eu au début de saison deux victoires et deux défaites sur des matchs très serrés, puis on a enchaîné sur une belle série. On a été chanceux sur deux victoires à domicile, où on a réussi à inverser la tendance, notamment contre Chalon-sur-Saône et Saint-Chamond. On ne l’espérait pas, mais on va tenter de continuer. Ce qui fait notre force, c’est que l’on a un groupe très complet.
On a dix joueurs qui jouent et qui peuvent apporter à l’équipe. Le danger peut venir de partout, même si sur les dernières rencontres, on a une constance au scoring à l’intérieur avec Mathis Dossou-Yovo. Il est aussi très bien servi par ses coéquipiers.

Vous avez manqué la montée de peu lors des deux dernières saisons. Celle-ci sera la bonne ?
On n’a pas vraiment manqué la montée puisqu’à ce moment-là, on n’avait pas de centre de formation agrée. On ne pouvait donc pas monter. On ne s’y attendait pas du tout aux résultats qu’on a faits lors de la saison 2020-2021. On a mal commencé puis on a enchaîné sur une grosse série de victoires. Finalement, on s’est retrouvé en tête du championnat. Mais il a fallu
dire aux joueurs que malheureusement, on ne pouvait pas monter règlementairement. À partir de ce moment-là, on ne jouait plus la montée, mais on a joué jusqu’au bout pour être bien positionné. On a aussi un petit peu subi physiquement lors des deux derniers mois. On a un petit peu lâché, mais on a tout de même fini à une victoire derrière Paris et Fos. Finalement, c’est mieux que ce soit eux qui soient montés puisque nous n’étions pas en mesure de le faire. C’est le terrain qui a rendu sa réponse, et c’est mieux ainsi plutôt que ce soient certains règlements décidés par la LNB. Je ne me demande pas si cette saison sera la bonne concernant la montée. Je ne réfléchis pas comme cela. On n’a joué que 11 matchs, c’est encore trop tôt. La Pro B est un championnat plus que dense. On se déplace à Angers qui est un adversaire redoutable à domicile.
C’est beaucoup trop tôt pour parler de montée. Puis nous ne sommes pas aussi bien équipés sur le terrain, comme dans les structures, que d’autres équipes comme Antibes, Chalon-sur-Saône, Châlons-Reims, Orléans ou Boulazac. Légitimement, ce sont des équipes qui peuvent jouer la montée et espérer quelque chose. Nous sommes des compétiteurs donc on a envie de gagner des matchs, on verra bien où cela nous mène.

” Les jeunes coachs doivent aller chercher ce qu’il y a de bon chez les anciens “

Votre expérience à Gravelines-Dunkerque a-t-elle été formatrice pour vous ?
Bien sûr. Avec les professionnels, il y a eu des bons et des mauvais moments. On a échoué sur deux saisons à la porte des playoffs. Ce qui n’est pas obligatoirement un mauvais résultat lorsque l’on voit que les années suivantes à Gravelines, ça jouait plus le maintien qu’autre chose. Cela m’a servi pour la suite. Ce qui m’a aidé surtout, c’est la période après Gravelines où j’ai pu me reposer. J’ai pu prendre du recul, voir les bonnes choses et les mauvaises pour être frais mentalement. J’ai aussi évolué, et cela m’a rendu plus fort.

Votre passage chez les Espoirs au BCM renforce t-il votre philosophie à faire davantage confiance aux jeunes joueurs ?
Entraîner des jeunes joueurs, c’est quelque chose qui me plaît énormément. Je tenterais toujours de le faire, où que ce soit. J’adore travailler avec les jeunes, car j’aime le fait de pouvoir les aider à progresser sur le terrain et en dehors. J’essaye de le faire chaque saison. La première année où je suis coach des Espoirs au BCM, on fait jouer Adam Mokoka qui n’avait que 18 ans. Ce n’était pas dans les habitudes du club de le faire. On l’a fait, on a respecté le deal, on a essayé de le faire avancer, et de le faire jouer. Chaque année, c’est ce que j’essaye de faire.
Par exemple, ce qui se passe cette saison avec Mathis (Dossou-Yovo) est très intéressant. Il y a d’autres joueurs qui ont plus d’expérience, mais qui ont besoin de plus de maturité, d’une nouvelle méthode de travail, ou d’un nouveau discours. C’est quelque chose qui me plait énormément. Avec Saint-Quentin, c’est la preuve que lorsqu’on les fait travailler aussi bien collectivement qu’individuellement, on les fait avancer. Cela permet de faire briller une équipe. L’année dernière, avec Saint-Quentin, le 11 janvier, on est avant-dernier du championnat et à la fin, on finit troisième. On gagne dix-huit matchs sur les vingt-deux qui suivent. C’est dû au travail évidemment, mais aussi à leur progression. Je pense à Lucas Boucaud, à Neftali Difuidi ou Kymany Houinsou qui ne jouait pas du tout avec Villeurbanne. La Pro B est un terrain d’expression magnifique pour les jeunes français. Le nombre de joueurs passés par la Pro B, qui sont actuellement au plus haut niveau est assez important.

Vous allez fêter vos 40 ans bientôt. Peut-on dire aujourd’hui que les jeunes coachs n’ont rien à envier aux anciens ?
Les jeunes coachs doivent aller chercher ce qu’il y a de bon chez les anciens. Le partage d’informations et de connaissances est très riche. Depuis un an et demi, il y a des meetings de coach à chaque fenêtre internationale, institués par la LNB. L’idée a été bien soutenue par Claude Bergeaud, Frédéric Sarre et Jean-Louis Borg. Ces réunions ne sont pas obligatoires, et on y retrouve quasiment que des jeunes coachs, et de Pro B. Aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes coachs en Pro B, talentueux, qui travaillent et qui s’entendent bien. À l’avenir, je pense que l’on verra une partie de ces garçons au plus haut niveau. On a besoin de l’expérience des plus anciens. J’ai eu l’occasion d’en côtoyer. Lorsque j’étais à Chalon-sur-Saône, en formation, j’assistais tous les jours aux entraînements de Gregor Beugnot. J’ai travaillé ensuite avec Jean-Louis Borg et Christian Monschau. Maintenant, le basket évolue, nous n’avons pas tous les mêmes personnalités. J’espère qu’il y aura parmi les jeunes coachs actuels, notamment en Pro B, des futurs très bons coachs de première division.

Crédit photo : Saint-Quentin Basket-Ball

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